Jean RANC (Montpellier, 1674- Madrid, 1735)…

Lot 21

Jean RANC (Montpellier, 1674- Madrid, 1735)…

Jean RANC (Montpellier, 1674- Madrid, 1735)
Portrait de Joseph Bonnier de La Mosson


Portrait d’Anne Melon, épouse de Joseph Bonnier de la Mosson


Huiles sur toile. H. 146 ; L. 114 cm.


Collection privée



Historique :


Peint vers 1702 ; Salon de 1704 ; Collection Bonnier de La Mosson au château de la Mosson (Arch. Dep. C 1266) dans le vestibule du premier étage : trois grands portraits représentant « feu sieur Bonnier père, feu Madame Bonnier et Bonnier enfant » ; coll. George V, roi de Hanovre (m. 1878) ; coll. baron Otto Volger [=Louis-Alexandre de Bourbon duc de Penthièvre & marquise de Gondrin] ; Galerie Marcus (1963) ; vte Londres, Sotheby’s, 12 avril 1978, lot. 45 [=Louis-Alexandre de Bourbon duc de Penthièvre & marquise de Gondrin] ; Etats-Unis, collection du président Lyndon B. Johnson (comme Largillierre) ; vente New-York, Sotheby’s, 15 janvier 1993, lot 82 (comme Largillierre) ; vente Paris, Ader-Tajan, 28 juin 1993, lot 53 (comme Rigaud figurant le couple Scott de La Mésangère) ; vente Venise, San Marco, Casa d’Aste, 17 décembre 2006, lot 30 (comme Largillierre).



Bibliographie :


Grasset-Morel, 1886, p. 75 ; Bataille, Dimier, 1930, t. II, n°I.54 (comme Raoux) ; Gillet, 1935, p. 194 ; Claparède, 1947, p. 219 ; Foissy dans cat exp. Montpellier, 1979, n°8, repr (comme Jean Ranc) ; Penent in cat. Exp. Flaran, 1984, n°38, repr. (comme Raoux) ; Franck, 1985, p. 192, repr. (comme Raoux) ; Agay, 2005, repr. P. 33 ; Michel Hilaire, « Raoux et Montpellier », Jean Raoux 1677-1734. Un peintre sous la Régence, Somogy Editions d’Art, 2009, p. 11-12 ; Olivier Zeder, « De la renaissance à la Régence, peintures françaises du musée Fabre, catalogue raisonné », Montpellier, Paris, Somogy, 2011, n°114, p. 183-184 ; Stéphan Perreau, « Les années parisiennes de Jean Ranc », L’Estampille l’objet d’art, janvier 2012, p. 70, ill. ; Stéphan Perreau, « Jean Ranc, œuvres méconnues ou retrouvées », Les Cahiers d'histoire de l'art, Voulangis, 2016, p. 20.



Exposition :


Deux siècles de portraits français, 1630-1830, Paris, galerie Thellier et Sanson, 1963.



Œuvres en rapport :


Huile sur toile. H. 146 ; L. 115 cm. Montpellier, musée favre. Inv. D14-1-1. Dépôt de l’hôpital général de Montpellier. Voir. Joubin A. n°727 (comme Raoux) ; Claparède, 1947, p. 219 ; Claparède, 1965, I., X, 18.



« M. Bonnier, trésorier des états de Languedoc, riche de dix à douze millions, âgé de quatre-vingts ans, est mort à Montpellier, pour avoir voulu tenir table ouverte au régiment de son fils, et en faire les honneurs ». Ainsi s’exprimait l’avocat Barbier en mentionnant la disparition de Joseph I Bonnier de La Mosson[1]. Fils d’un marchand drapier, Bonnier (Montpellier, 26 mars 1676 – ibid., 15 novembre 1726), seigneur de Malbosc, Campagne, Juvignac et autres lieux, directeur des affaires du roi puis conseiller secrétaire (1707), avait acheté la charge de trésorier de la Bourse des Etats du Languedoc en 1711, grâce aux dividendes qu’il avait tiré du ravitaillement des troupes en grain et en fourrage lors du commencement de la guerre de Succession d’Espagne. Relevant les impôts, Bonnier prêta régulièrement au roi et en fut remboursé « sur le pied du denier 16 », soit un denier de dividende pour 16 versés. Capitoul de Toulouse en 1707 et trésorier de l’hôpital général en 1709 et 1710, il acquit en 1714 la baronnie de la Mosson et y fit construire un château à partir de 1723, sur des plans attribués à l’architecte Jean Giral. Dans l’inventaire du château de La Mosson, en 1744, suite au décès de Joseph II, le fils, on décrivait dans l’escalier, « trois grands portraits avec leurs bordures dorées, l’un représentant feu sieur Bonnier, l’autre feu[e] madame Bonnier et le troisième, le feu sieur de la Mosson, encore enfant »[2], peut être les portraits peints par Ranc.


 


On a longtemps pensé que ces tableaux avaient été peints en 1724 mais c’est probablement à l’occasion du mariage des modèles, célébré en 1702 en l’église Sainte Anne de Montpellier, que les Bonnier commandèrent leurs effigies. Celle de Joseph fut en effet exposée au Salon de 1704 (« M. Bonière »). Le choix de Ranc n’était pas anodin. C’est probablement parce qu’ils étaient tous deux languedociens et voisins dans la capitale que les deux hommes se rencontrèrent. Bonnier passait le plus clair de son temps à Paris, profitant de son hôtel de Pomponne, acquis place des Victoires en 1716[3] lequel se situait justement en face de la maison que Ranc louait, rue des Fossés-Montmartre[4].



L’artiste choisi de représenter son modèle assis dans un large fauteuil à haut dossier, recouvert de velours brun à décor de feuillages. Il repose l’un de ses bras sur une lourde table à piètement ouvragé, tandis que d’une main, il esquisse un mouvement de montre vers l’extérieur gauche de la composition. Jean Ranc s’attache encore ici aux couleurs froides et sombres dont use régulièrement Hyacinthe Rigaud. Le large manteau d’un bleu soutenu, doublé d’amarante est galonné d’or, répondant au décor de la veste argent de Bonnier. Le fond laisse apparaître avec ostentation ce qui pourrait être une colonnade où Bonnier est disposé, complété plus profondément une architecture en demi-lune, faite d’une terrasse à pilastres doriques et balustrade à jours alternés. Là encore, le décor est de fantaisie car Ranc, qui s’était installé à Madrid dès septembre 1722, ne retourna jamais à Montpellier après son départ pour Paris en 1692, et ne connut donc pas le parc du château de la Mosson.



Anne de Melon (1685 - Paris, 15 août 1727), quant à elle, fille de Guillaume de Melon, ancien receveur des tailles de Montpellier et sœur d’une « commissaire du Régent pour le système de la banque » fut représentée presque en pied, dans un paysage, tenant un œillet, symbole de l’amour constant. La posture avoue nettement sa dette envers les compositions féminines à succès de Rigaud. On pense ainsi immédiatement portrait de Madame Le Gendre de Villedieu de 1702 où la modèle est figuré à mi-corps accompagnée d’un jeune serviteur maure. Madame de La Mosson, elle, est assise, dans un décor de jardin agrémenté à gauche d’une colonne cannelée et à droite d’une fontaine, cette dernière composée d’une large vasque à débordement et d’un groupe sculpté figurant une divinité de source, symbole de fécondité. Si Madame Le Gendre acceptait de son jeune serviteur une généreuse corbeille de fleurs d’où elle tira probablement son œillet, Anne Melon tient à sa disposition le même accessoire, posé sur un rebord de pierre. Ranc avait d’ailleurs déjà étrenné la posture, quoique plus simplement, dans l’effigie d’Hélène Monique de Langle, peinte en 1697 (collection privée)[5]. Outre Joseph II Bonnier de La Mosson (1702-1767), aussi célèbre pour sa banqueroute de 1744 que son goût pour les collections, Anne Melon eut une autre fille de son mari : Anne (1718-1782), qui épousa Michel-Ferdinand d’Albert, baron de Picquigny et duc de Chaulnes puis, devenue veuve, renonça au tabouret dont elle jouissait à la cour pour se remarier avec le comte de Giac, lequel périra sur l’échafaud sous la Terreur. Anne Melon perdit également deux filles en bas âge et décéda elle-même à Paris le 15 août 1727[6].





Par l’ostentation de leur décorum et leur dette avouée à l’art de Rigaud, ces deux œuvres avaient été très vite été attribués à Hyacinthe Rigaud comme représentant le président de Scott de La Mésangère et sa femme, (lors de leur premier passage en vente aux enchères à Drouot le 28 juin 1993, lot n°53). Le vieux maître avait effectivement peint ces derniers mais en buste en deux toiles indépendantes (jadis dans la collection De Fursac et passées en vente Finey à Bruxelles les 12 et 13 juillet 1905, lots 180 & 181) mais sans aucun rapport avec les compositions de Ranc. Dès 1709-1710, Bonnier lèguera à l’hôpital général de Montpellier dont il était trésorier, une réplique à de son portrait, aujourd’hui conservée au musée Favre. Usuellement daté de 1724, cet exemplaire la facture un peu molle semble être à notre sens l’œuvre d’un copiste indépendant car Ranc ne possédait pas d’atelier. Quelques variantes apparaissent dans le décor du piètement de la table qui, dans la version languedocienne, est simplifié. Le visage du modèle est également moins spirituel, moins fin.


 

[1] Edmond Jean-François Barbier, Chronique de la régence et du règne de Louis XV (1718-1763), ou Journal de Barbier. Paris, Charpentier, 1858, t. 1 (1718-1726), p. 450.


[2] A.D.C., 1265, f° 165 verso. Cité par Zeder, op. cit., 2011, p. 216, note 7. Le portrait de Joseph II enfant semble correspondre au tableau conservé au musée Favre de Montpellier (inv. 15.1.1). Voir Zeder, ibid. p. 132.


[3] Il revendit en 1719 l’hôtel à Madame de Chaumont, enrichie par l’agio ou le commerce du papier, pour 442000 livres (I, 449). Voir Jean Buvat, Journal de la Régence, Paris, Plon, 1865, t. I, 449.


[4] Le financier devait d’ailleurs fréquenter Antoine Ranc, le père, lequel était protégé par l’archevêque Colbert.


[5] Perreau, Les Cahiers d'histoire de l'art, 2016, p. 20, fig. 13.


[6] Auguste Rey, « Martial de Giac », Mémoires de la Société historique et archéologique de l’arrondissement de Pontoise et du Vexin, t. XXV, Pontoise, 1903, p. 69.

Vendu en lot avec le numéro 22

Mes ordres d'achat
Informations sur la vente
Conditions de ventes
Retourner au catalogue